Interview Ana Paixao

Ana Paixao


Directrice de la Maison du Portugal à la Cité Internationale Universitaire de Paris

La Maison du Portugal est un lieu emblématique de la lusophonie à Paris, comment est née cette institution ?
La Maison du Portugal a été crée par la Fondation Calouste Gulbenkian en 1960 et a ouvert ses portes en 1967, avec la désignation Maison des étudiants portugais. Depuis elle a accueilli environ 8000 étudiants de tous les domaines et de plusieurs nationalités différentes, notamment des boursiers de la Fondation Gulbenkian qui venaient à Paris pour continuer leurs études et développer une carrière artistique.

Quels sont les temps forts de son histoire ?
Un des moments forts de la Maison du Portugal a eu lieu quelques mois après son ouverture, quand, en mai 68, elle sera la Maison des étudiants et des travailleurs portugais, pendant quelques semaines. Avant la révolution des œillets, cette Maison était déjà un espace de liberté, et en 74 elle deviendra la Résidence André de Gouveia, pour rendre hommage à l’humaniste qui a été Recteur de la Sorbonne au XVIe siècle. Plus récemment, en 2014, la désignation change, devenant Maison du Portugal – André de Gouveia, et en 2016 deux nouveaux espaces ont été inaugurés : la Salle Fernando Pessoa et la Salle Vieira da Silva. Cette dernière accueille, depuis 2020, la Bibliothèque Gulbenkian : https://gulbenkian.pt/paris/bibliotheque/

Quelles sont les différentes missions de la Maison du Portugal ? Est-elle accessible à tous ?
La principale mission est celle de l’accueil d’étudiants qui viennent du monde entier. Cette année universitaire, nous avons des résidents de 43 nationalités différentes qui vivent ensemble dans ce bâtiment et apprennent à se connaître et à se respecter. Comme toutes les maisons de la Cité universitaire, la Maison du Portugal organise et accueille des événements en lien avec son pays d’origine et, pour notre cas, en rapport avec la langue et les cultures de langue portugaise, une programmation faite en partenariat avec mon collègue José Manuel Esteves qui dirige la Chaire Lindley Cintra de l’Université Paris Nanterre, et avec le Lectorat de langue portugaise de l’Université Paris 8 de Camões – Institut pour la coopération et pour la langue.
Pour résider à la Maison du Portugal il suffit d’être inscrit dans une université de la région académique Ile-de-France et candidater sur le site : www.ciup.fr
Pour venir assister à notre programmation, il suffit de venir. Toute notre programmation est libre et gratuite : https://www.citescope.fr/selection/saison-france-portugal/

Vous avez-vous-même été résidente à la Cité universitaire, qu’est-ce que cela vous a apporté personnellement, et plus largement, qu’est-ce que cela peut apporter à un jeune d’y résider ?
Les valeurs du campus au quotidien sont ceux du vivre ensemble, de l’interculturalité, de la connaissance de l’autre, et de la paix. La plus grande spécificité du campus est celle du brassage : l’échange de résidents d’une maison à l’autre qui permet d’avoir une expérience internationale sans sortir de Paris. Un séjour à la cité permet de créer des liens extrêmement forts et pérennes avec d’autres résidents internationaux. La cité est une fenêtre vers la France et Paris, et elle est surtout une ouverture vers le monde entier.

La Maison du Portugal est un acteur majeur de la Saison France-Portugal 2022 avec une programmation culturelle foisonnante, quelle est l’importance pour vous de cette Saison ?
La valeur principale de ce campus est celle de la paix, qui s’associe à d’autres principes comme ceux de la parité et du développement durable dans un campus habité par des jeunes. Ces aspects constituent également les axes de la Saison France-Portugal 2022, et le dialogue qui s’est établi depuis le premier moment avec les commissaires et les équipes des deux pays a bien montré cette affinité. La Saison permet de mettre en valeur, de diffuser une programmation qui a une affirmation progressive avec presque 900 événement organisés depuis 2010, et de créer de nouveaux partenariats, de nouer des liens avec d’autres institutions, associations ou artistes.

Quel est le premier bilan que vous pouvez tirer de cette première partie de Saison ?
Un bilan extrêmement positif, avec des salles pleines, montrant bien l’intérêt du public par la diversité proposée qui va de la musique au cinéma, en passant par des colloques, des expositions, de la danse ou des conférences.

Du point de vue des publics, est-ce que la Maison du Portugal est essentiellement composé de public lusophone ? Est-ce que la Saison permet d’ouvrir à d’autres publics ?
La Maison du Portugal est située à l’intérieur de la Cité internationale universitaire de Paris et notre public est essentiellement varié. Pour certaines activités, comme par exemple, les remises de prix, les rencontres avec les élèves qui font des cours de portugais, le public est essentiellement lusophone. Cependant, de façon générale, il s’agit d’un public éclectique, en termes de nationalité et d’âge.

Personnellement, quels moments forts retenez-vous ?
Le concert d’ouverture dédié à Alain Oulman et à Amália Rodrigues a permis de commencer le dialogue fusionnel entre les deux pays, avec la voix de Mariana Fabião et Jardin Jazz. D’autres moments forts que je retiens sont, par exemple : les créations de Lídia Martinez qui travaille sur les rapports interartistiques entre les deux pays depuis plus de quarante ans ; le projet d’édition AVA et de concert coordonné par Bruno Belthoise qui a permis cette année à 39 jeunes pianistes portugais et français de se produire sur scène en jouant des fados ; les présentations de projets d’élèves avec la coordination de l’enseignement du portugais en France autour de la préservation des océans ; les deux activités réalisées avec l’ILGA et l’Inter-LGBT avec l’exposition Familles diverses de Mag Rodrigues et le documentaire Les Lettres du Roi Arthur à partir de Cruzeiro Seixas et Cesariny, avec des lectures de la compagnie Cá & Lá ; le colloque 48 x 48 : 48 ans de démocratie après 48 de dictature, temporalités portugaises en miroir qui a permis de repenser le Portugal actuel à partir de la France, dans un dialogue de miroirs entre ses années sombres et ses années démocratiques.

Quels sont les événements à venir les plus importants ?
La rentrée prévoit encore plusieurs moments forts comme des dialogues entre la musique portugaise et française avec des propositions de concerts du Mouvement Patrimonial pour la Musique portugaise, une exposition sur la diaspora juive portugaise avec les éditions Chandeigne, Compagnie de danse d’Evora et une création de Nélia Pinheiro sur L’aveuglement de José Saramago, l’exposition des Couples de rêve des Borders Lovers qui présente des personnalités françaises et portugaises, le récital Une ville de papier autour de l’œuvre de Vieira da Silva, et pour la clôture un projet de deux pianistes de jazz, José Inácio et François Couturier, qui rassemble aussi photographie et littérature.

Que pensez-vous qu’il va rester durablement de cette Saison ? Ou qu’aimeriez-vous qu’il reste ?
Une image très positive de la création portugaise, une curiosité et une envie de continuer à (re)découvrir le Portugal.

Et après la Saison, quels sont les projets, le programme ?
Le programmation poursuivra ses partenariats avec les universités françaises et portugaises, les maisons d’édition, les Festivals Parfums de Lisbonne ou Signes de Nuit, les conférences européennes avec Europa minha, les expositions et cycles de conférences du projet Chiado, Carmo, Paris et les Beaux-Arts de Lisbonne, les concerts et éditions avec AVA autour du répertoire de compositeurs portugais pour le piano, les partenariats avec des concours de musique portugais comme Santa-Cecília ou Rotários, les résidences artistiques dans les domaines du théâtre (Orelhas absolutas, Cá & Lá) ou de la danse (3CL, A2), et surtout une grande ouverture pour accueillir de nouveaux projets et défis issus de la Saison France-Portugal 2022.


Pongo

Pongo, de son vrai nom Engracia Domingos da Silva, est née en 1992 à Luanda, en Angola. A huit ans, ses parents fuient la guerre, emmenant leurs enfants au Portugal, à Lisbonne. Pongo grandira dans la capitale portugaise, dans des conditions difficiles. La précarité, l’autoritarisme de son père, les discriminations, l’adolescence de Pongo est difficile, tellement qu’à 12 ans, elle tente de mettre fin à ses jours. En convalescence, elle découvre un groupe de musique de rue, Denon Squad, qui joue du kuduro, un mélange de break dance, de semba angolaise et d’électronique né à la fin des années 90. Après son rétablissement, elle commence à danser avec le groupe, à chanter du rap et prend le nom de PongoLove, en référence à une chanteuse angolaise atteinte de polio.

Elle rencontre ensuite le groupe Buraka Som Sistema. Elle se produit pour la première fois sur scène avec eux en 2008 dans la salle de concert Music Box à Lisbonne. La même année, alors qu’elle a à peine 15 ans, elle écrit et enregistre la chanson « Kalemba (Wegue Wegue) ». La chanson devient la bande originale des jeux Need for Speed: Shift et FIFA 10, et est largement diffusée sur YouTube, avec plus de dix millions de vues. Un succès dont elle ne touchera quasiment aucun bénéfice. Pour nourrir ses frères et sœurs, elle abandonne la musique et enchaine les petits boulots alimentaires. Un jour pourtant, alors qu’elle travaille en tant que femme de ménage, elle entend à la radio Wegue Wegue. C’est le déclic, elle décide de se battre et de reprendre sa carrière.
En 2018 elle sort son premier EP solo, Baia. En 2019, devenue Reine du kuduro, elle se produit pour la Fête de la musique au Palais de l’Elysée, et en juillet électrise le festival Europavox, où elle revient cette année. Elle poursuit ensuite une tournée dans toute l’Europe et sort en 2020 son premier album SAKIDILA et remporte le Music Moves Europe Talent Award.
Pongo, avec son énergie débordante et communicative, casse les barrières entre les genres musicaux. Zouk antillais, dance hall jamaïcain, afro beat, favela funk, rap, pop ou afro trap, son premier album entraine le kuduro dans de multiples directions.
A 30 ans, Pongo la guerrière a accompli son destin.


Marie Losier

Marie Losier, née à Boulogne-Billancourt en 1972 a étudié la littérature à l’Université de Nanterre (DEA, Diplôme d’Études Approfondies en littérature et poésie américaine) et aux Beaux Arts à New York (MFA/Hunter College), avant de réaliser de nombreux portraits avant-gardistes, intimes, poétiques et ludiques de cinéastes, musiciens et compositeurs tels que Alan Vega, les frères Kuchar, Guy Maddin, Richard Foreman, Tony Conrad et Jackie Raynal.
Ses films sont souvent présentés dans de prestigieux festivals (Cannes, Berlin, Rotterdam, IDFA, Tribeca / New York, CPH:DOX, Bafici / Argentine, Cinéma du Réel, Torino, etc.). Mais aussi dans des musées tels que la Tate Modern (Londres), le MoMA (NYC), le Centre Pompidou, ou encore la Cinémathèque Française (Paris) et le Whitney Museum (NYC).
Son premier long-métrage The Ballad of Genesis and Lady Jaye dresse avec délicatesse le portrait de Genesis Breyer P-Orridge (des groupes Throbbing Gristle and Psychic TV) et de sa compagne Lady Jaye. La première du film a eu lieu au Festival du film de Berlin en février 2011, remportant le Teddy award et le prix Caligari. Elle a reçu le Grand prix à Indielisboa, le prix Louis Marcorelles et le prix des bibliothèques (Cinéma du Réel); le film est sorti en France, au Canada, au Mexique, aux États Unis et en Allemagne.
En 2013/14, Marie Losier a obtenu les prestigieux DAAD Residency Award à Berlin et Guggenheim Award pour travailler sur son nouveau long métrage Cassandro the Exotico!, un portrait du célèbre catcheur mexicain, Saul Almendariz. Le film a été projeté en première mondiale lors du festival de Cannes (ACID) en mai 2018, il est sorti en salle en France en décembre 2018 et une sortie américaine est prévue en juillet 2019 (avec une première au Metrograph NYC).

En 2018, le MoMA a présenté l’ensemble de son travail filmique lors d’une rétrospective et a fait l’acquisition de ses films pour sa collection permanente.
Marie Losier a également eu une exposition personnelle à la galerie d’art contemporain, le BBB à Toulouse lors du Printemps de Septembre en 2018.
Et Eric Mangion a été le commissaire d’une exposition avec Marie Losier et Pauline Curnier-Jardin à la fondation Ricard en 2019.
Cette même année, deux rétrospectives lors du Festival d’Automne au Jeu de Paume à Paris, et à la Cinémathèque d’Athènes ont salué son travail, et en 2022 c’est la Cinématek de Bruxelles.
Dans le cadre de la Saison France-Portugal 2022,  Marie Losier prépare une exposition personnelle à la Galerie Solar/Vila Do Conde (Portugal) qui débutera au mois de juillet prochain. Parallèlement le festival de cinéma de Vila do Conde présente ses films.
Elle travaille actuellement sur 3 films: un portrait sur la chanteuse/performeuse, Peaches (Peaches Goes Bananas), un portrait sur le groupe musicale The Residents (Behind The Mask) et une comédie musicale, Sugar Bomb.

source Galerie Anne Barrault


Daniel Blaufuks

Né au Portugal en 1963,Daniel Blaufuks emploie principalement la photographie et la vidéo, présentant son travail sous forme de livres, d’installations et de films. Interrogeant les liens entre photographie et littérature, Daniel Blaufuks a une prédilection pour des questions telles que les connections entre l’espace et le temps, et l’intersection de la mémoire privée et publique.

Il est l’auteur de nombreux livres acclamés par la critique, et son oeuvre a fait l’objet, entre autres, d’expositions personnelles en 2011 au Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro (Brésil) ainsi qu’en 2014 au Museu Nacional de Arte Contemporânea do Chiado à Lisbonne (Portugal).

Daniel Blaufuks est titulaire, entre autres, d’un doctorat de l’Université du Pays de Galles (Royaume-Uni), il est également professeur à la Faculdade de Belas-Artes de l’Université de Lisbonne (Portugal).

Depuis 2009, l’artiste Daniel Blaufuks  photographie inlassablement un coin de sa cuisine et les micro-événements qui l’habitent, au gré des jours, des pluies d’été et des soleils d’automne. Sa série, intitulée Tentativa de esgotamento, est un écho lisboète à la Tentative d’épuisement d’un lieu parisien entreprise par l’écrivain français en 1974 depuis une terrasse de café de la place Saint-Sulpice. Perec y consignait, dans une volonté de totalité, tout ce qu’il voyait, buvait, mangeait. Chez lui, à Lisbonne, Blaufuks enregistre avec une pluralité de formes et d’échelles (polaroïd, chambre photographique ; miniature de la diapositive, monumentalité du tirage) la vie de la fenêtre, celle qui se tient tout contre elle, au fil des jours. Le coin de table, la cuisine –un milieu ambiant familier, peut-être le plus fréquenté au cours d’une vie–, cet espace intime apparemment vide et silencieux est disposé ici dans l’espace d’exposition, à notre lecture. D’une paire de lunettes à peine repliées à un tas de pièces de monnaie, d’empreintes en indices, c’est la vie de l’artiste que la photographie parcourt ; comme des pages de ce journal plié en bout de table, se répand un peu de la rumeur du monde.

Cette exposition est présentée au Centre photographique de Rouen-Normandie.


Marco da Silva Ferreira

Né en 1986 à Santa Maria da Feira, Marco Da Silva Ferreira est diplômé en physiothérapie par l’Institut Piaget, Gaia (2010).

Interprète professionnel depuis 2008, Marco da Silva Ferreira a dansé pour André Mesquita, Hofesh Shechter, Sylvia Rijmer, Tiago Guedes, Victor hugo Pontes, Paulo Ribeiro, entre autres. Il a travaillé comme assistant artistique de Victor hugo Pontes dans l’œuvre Fall et Se alguma vez precisares da minha vida, vem e toma-a en 2014, puis comme assistant chorégraphique dans la pièce de théâtre Hamlet de Mala Voadora.

Son travail de chorégraphe s’est développé autour des pratiques urbaines, dans une réflexion continue sur le sens des danses émergentes de nos jours, à travers un expressionnisme abstrait et très autobiographique.

Sa carrière prend un tournant avec HU (R) MANO(2013) présent lors des Aerowaves Priority Companies (2015) et a été joué dans des festivals internationaux à Barcelone, Mercat des las Flores ; Paris, Atelier de Paris/CDCN June Events ; Rio de Janeiro, Festival Panorama ; Théâtre de danse de Lublin, Pologne ; Londres, The Place, Festival de la monnaie ; Meylan, l’héxagone; (re) connaissance, Grenoble ; Lyon, Les Subsistances.

BROTHER (2016) a été créée au Teatro Municipal do Porto et était présent aux Aerowaves Priority Companies (2018) à Sofia. BISONTE a été créée au Teatro Municipal do Porto en 2019 et a été joué récemment au Teatro Municipal São Luiz, Lisbonne ; Charleroi danse, Bruxelles ; PT’19 à Montemor-o-novo puis en 2020 une tournée française (Toulouse, Bordeaux, Lyon et Paris). SIRI (2021),  une co-création avec le cinéaste Jorge Jácome et dont la Première a eu lieu au Festival Dias da Dança à Porto.

Entre 2018-2019, Marco a été Artiste associé au Teatro Municipal do Porto, puis de 2019 à 2021 au centre chorégraphique national de Caen en Normandie.

Il est présent dans la Saison France-Portugal avec plusieurs spectacles : Fantasie Minor, où crée la symbiose entre une œuvre emblématique de Schubert et la danse urbaine, présenté en Normandie et à Paris au printemps ;  Via Injabulo, chorégraphie collective avec Amala Dianor à l’invitation de la compagnie sud africaine Via Katlehong, présenté au Festival d’Avignon et au Théâtre National de Chaillot à Paris à l’automne ; SIRI, dans le cadre du projet Danse Dança Bordeaux Porto, présenté à Bordeaux à la Manufacture en octobre ; Novas Conexoes (New Links) : une commande du Conservatoire de Paris et de l’Escola Superior de Dança (Lisbonne) pour leurs étudiants, avec des résidences de création et des masterclass et enfin, pour la clôture de la Saison au Théâtre de la Ville à Paris,  S / Corpos de baile   une création commune avec Tânia Carvalho pour le Ballet national du Portugal !

 


Interview Jorge Torres Pereira

Jorge Torres Pereira


Ambassadeur du Portugal en France

– Le 10 juin, c’est le jour du Portugal, de Camões et des communautés portugaises. Depuis quelques semaines, le Portugal a passé plus de temps en démocratie qu’en dictature. Quel bilan tirer des 48 années qui viennent de s’écouler ?

Un bilan très positif. Il n’y avait auparavant pas de vie politique démocratique, et nous étions en guerre sur plusieurs fronts dans les colonies. Le Portugal était isolé internationalement, nous nous étions rapprochés de l’Europe, via EFTA, mais nous courrions le risque de voir l’intégration européenne se faire sans nous ; les chiffres de notre développement économique et social n’étaient pas brillants. Le chemin que nous avons parcouru ces dernières décennies est remarquable, même avec des périodes de crise que nous avons dépassées avec résilience et détermination. Comme l’a rappelé le Premier ministre António Costa le 23 mars, soit le 17.500ème jour vécu en démocratie (dépassant ainsi les 17.499 jours qu’a comptés le régime de l’‘Estado Novo’), il est très important de ne pas baisser la garde : « la liberté et la démocratie sont toujours des œuvres inachevées et ne sont jamais immunes aux menaces ».
Oui, il y a un nouvel essor des populismes, comme un peu partout en Europe, et une guerre à nos portes, mais force est de constater qu’un long chemin de progrès a été parcouru, soutenu justement par le choix européen que les Portugais ont fait, le Portugal faisant partie de l’Union européenne depuis 1986. Il y a toujours de nouveaux défis et enjeux d’actualité qui s’installent au cœur du débat politique et qui mènent à un enrichissement et à un approfondissement de notre vie démocratique. Ces sujets sont également abordés dans la dynamique de la Saison France-Portugal. Et on peut noter que notre la Constitution, issue de la Révolution des Œillets, a bien compris que la culture était l’un des enjeux de la démocratie. Comme en France d’ailleurs, on a « constitutionalisé » le droit à la culture. La Saison s’inscrit donc dans ces idées que partagent nos deux pays : celles de la démocratisation de l’accès à la culture et de la promotion de la liberté de création de nos artistes.

– La Saison France-Portugal arrive à mi-parcours, quel premier bilan pouvez-vous en tirer ?

A mi-parcours, le public est venu nombreux, ce qui témoigne qu’ils ont bien accueilli la programmation dans le domaine de la culture, de l’éducation, de l’enseignement supérieur et scientifique, comme l’a par exemple montré le « Forum Océan » qui s’est tenu au Muséum national d’Histoire naturelle par ailleurs une étape dans la préparation du sommet des Nations Unies sur les Océans qui aura lieu à Lisbonne fin juin. Les cinq axes autour desquels la Saison a été dessinée ne sont pas sans rappeler des sujets importants qui nous concernent tous : « Un océan commun à préserver », « Une société plus inclusive, pour l’égalité de genre en Europe », « Une jeunesse innovante et engagée », « Des liens de proximité et d’intimité » et « Création contemporaine et Europe de la culture ».
Les événements organisés par le Portugal et la France se tiennent dans plus de 80 villes françaises, ce qui permet une mobilisation de très nombreux partenaires ; la couverture géographique nous permet de toucher un vaste public.

– Dans quelle mesure pensez-vous que cette Saison va contribuer renouveler l’image du Portugal en France ?

Je crois que ce ne sera pas une surprise pour beaucoup que l’image du « Portugais toujours gai », et la tentation de nous voir comme très gentils mais un peu en retard par rapport aux plus récents développements du monde, ne rendent pas justice à la réalité du Portugal contemporain.
La Saison permettra donc de renforcer cette prise de conscience que nous avons vraiment changé. Que nous avons réussi à relever le pari qui consiste, pour tous les pays dotés d’une longue histoire, à assumer de se réinventer, en embrassant, en tant que nations, la modernité et le progrès hors de nos « zones de confort », mais sans renier notre authenticité. L’offre de la Saison en évènements, dans toutes ses dimensions, de la science aux arts, des lettres à l`économie politique, constituent un puzzle qui dessine un Portugal attrayant, espiègle et sérieux en même temps, en relation complice avec une France également éprise de ses atouts et de sa modernité.
Je pense que la Saison contribuera donc à montrer le pays que le Portugal est devenu : un pays attaché à ses racines, une démocratie européenne, très moderne, avec une production culturelle de renommée mondiale, un puissant écosytème de start up, un pays qui est à la pointe de la technologie sur plusieurs domaines et dont l’offre en études supérieures est très bien placée dans les classements internationaux.

– Et l’image de la France au Portugal ?

A ce sujet, la grande contribution de ces dernières années a été l’essor impressionnant de la présence de visiteurs français au Portugal, incluant une communauté toujours croissante de résidents français. Nous connaissons mieux les Français qu’auparavant -on prétend même que les habitants de certaines métropoles françaises, qui ont la réputation d’avoir des difficultés avec la convivialité en société, deviennent très gentils quand ils sont chez nous ! Nous sommes plus curieux, plus ouverts à votre offre culturelle et sociétale. La Saison ne peut qu’amplifier cela.

– La communauté portugaise en France est très présente, avec un tissu associatif très dense et actif, qu’est-ce qu’une Saison peut selon vous apporter aux luso-descendants ?

Je crois que, d’un côté, la Saison peut stimuler l’action des associations de luso-descendants et des Portugais en France qui voudront faire partie de la fête, et pour ainsi dire les faire émerger d’un profil qui reste très discret au sein de la société française. D’un autre côté, la Saison permet aussi de renforcer, à travers ce que les artistes et chercheurs portugais nous montreront ici, le dialogue permanent entre le Portugal de « là-bas » et la communauté portugaise résidente en France, notamment en impliquant davantage les jeunes. La Saison leur montre un Portugal européen, démocratique, très moderne, dont ils peuvent être fiers, qui ne leur est pas inconnu et qui leur parle des choses qui les intéressent, comme le bien-être de la planète notamment. Certains se sentiront comme devant un livre que nous aimons relire, pour beaucoup ce sera une redécouverte.

– Le Président de la Saison France-Portugal 2022 et ses deux commissaires ont travaillé en étroite collaboration pour construire une programmation commune. Comment définiriez-vous le rôle de l’Ambassade du Portugal en France et de l’Institut Camões dans cette organisation ?

Quand nous avons pris la décision courageuse de tout faire simultanément, c’est-à-dire d’avoir des évènements qui ont lieu en France et au Portugal pendant tout le temps de la Saison, au lieu de deux périodes distinctes, les Commissaires ont été obligées d’être en rapport constant et permanent. Le Président, de par son histoire personnelle et son engagement culturel, a encore rajouté à cette interconnexion d’idées et d’initiatives. L’Ambassade fait partie de ce réseau dynamique qui est une espèce d’Intelligence artificielle qui reçoit et gère les informations arrivant de toutes parts, des institutions, des acteurs culturels, des publics, des médias. L’Ambassade du Portugal en France, l’Institut Camões, ainsi que le GEPAC du ministère de la Culture sont les partenaires portugais de l’Institut Français dans la construction, la mise en place et l’accompagnement de la Saison avec les deux Commissaires et son Président. Nous travaillons en très étroite articulation, je peux même dire en presque symbiose.

– La France et le Portugal sont des alliés de longue date au sein de l’Europe, en quoi est-ce symbolique d’avoir voulu cette Saison entre les deux présidences de l’Union européenne ?

Je dirais que c’est de plus en plus évident que les deux États et ses dirigeants partagent «une certaine idée de l’Europe » ; il en ressort un alignement clair et presque parfait de la façon dont, un an plus tard, le Portugal et la France, entendaient contribuer pendant leurs présidences respectives du Conseil de l’Union européenne, à l’avancement d’un projet au service d’une Europe ouverte au monde, confiante dans le modèle social européen, proche des préoccupations majeures de ses citoyens, extrêmement attentive à la nécessité de mener des politiques qui prennent en compte le changement de paradigme du fonctionnement de nos économies avec la révolution numérique, et le besoin de mener à bout une urgente transition écologique. Tout cela, et le rôle particulier que la culture peut jouer dans le façonnement du projet européen, rendait très attrayante l’idée d’une « Saison croisée » dans cette période « entre-présidences ».

– Qu’est ce qui caractérise selon vous les relations entre la France et le Portugal ?

Un esprit d’alliance née des valeurs que partagent nos deux pays, comme l’a rappelé le Président de la République portugaise à l’Elysée lors de l’inauguration de la Saison. Une proximité historique également. Nul ne peut nier l’influence de la culture française au Portugal. La première dynastie du Royaume du Portugal était d’origine bourguignonne. Le libéralisme, nous l’avons reçu en partie grâce à l’action de Napoléon. La France a beaucoup inspiré nos écrivains et nos peintres au 19ème siècle. Ce n’est pas non plus une coïncidence si en 1910 le pays change de nom et de régime et adopte la désignation « République portugaise » qu’il porte encore. Finalement, le Portugal a suivi la France dans le choix européen et dans le choix démocratique. Et il y a aussi le lien particulier qui résulte de la présence d’une très importante communauté de Portugais et luso-descendants en France, qui rend encore plus fluide la relation entre les deux sociétés. Cet esprit, cette proximité, ce lien ont bâti une amitié. Oui, la Saison est quelque part le prolongement culturel de cette amitié inébranlable qui est à la fois politique, économique, historique et même axiologique.

– Si vous deviez recommander quelques événements à venir de la Saison France-Portugal 2022, quels seraient-ils ?

Poser cette question c’est un peu comme demander à un diplomate quel club de football il trouve le meilleur, ou à un parent quel est son enfant préféré ! Les manifestations de la Saison sont si nombreuses qu’il m’est difficile d’en nommer juste deux ou trois. Chacun de nous a ses arts ou discipline préférées et je vous assure qu’il y a des évènements pour chacune de nos idiosyncrasies. Qui plus est, nous ne sommes qu’à mi-parcours. Une des qualités de la programmation est de permettre jusqu’à fin octobre d’innombrables découvertes, à Paris et en région. J’invite les lecteurs et lectrices de cette newsletter et ceux et celles qui sont abonné.es à la « newsletter » du Camões à bien regarder les suggestions qui y sont faites. Et notre participation aux grands festivals gastronomiques ne doit pas être oubliée…

– Qu’aimeriez-vous que l’on retienne de cette Saison ?

J’aimerais qu’on retienne la chaleur optimiste, l’empathie élégante, la grande intelligence émotionnelle, la créativité aventureuse et le sens de fête qui ressortent lorsque Français et Portugais ont un projet commun de cette envergure. Dans la mer de l’Europe, et par le monde, nous pouvons naviguer ensemble.


Pedro Costa

Né à Lisbonne en 1959, Pedro Costa est réalisateur, scénariste et directeur de la photographie . Il quitte ses études d’histoire pour assister aux cours du poète et réalisateur António Reis à la Escola Superior de Teatro e Cinema, dont il deviendra l’une des figures marquantes.

Ses images, dont les clairs obscurs rappellent Le Caravage, ses personnages, issus des communautés défavorisés à qui il donne voix à travers ses fictions, marquent profondément, imposent son style.

Après avoir travaillé comme assistant pour plusieurs réalisateurs portugais dont Jorge Silva Melo ou João Botelho il réalise son premier film O Sangue,  projeté à la Mostra de Venise en 1989. Casa de Lava, son deuxième film tourné au Cap Vert, est présenté à Cannes en sélection officielle, Un certain regard, en 1994. En  1997 avec Ossos, il débute une série de films autour du quartier pauvre de Fontainhas à Lisbonne. Une infirmière y accompagne un maçon cap-verdien plongé dans le coma dans son île d’origine. Ossos remporte en 1997 le prix de la photographie de la Mostra de Venise.

Ce film marque sa rencontre avec Vanda Duarte, au centre de son film suivant Dans la chambre de Vanda en 2000 . A partir ce film, il choisit de tourner en numérique, s’affranchissant des productions lourdes et s’offrant par là-même une liberté de création.

En avant jeunesse (2006) est aussi tourné avec les habitants de Fontainhas et avec le personnage de Ventura en particulier. Ventura est également le personnage principal de Cavalo Dinheiro en 2014.

Vitalina Varela est présenté en 2019 au festival de Locarno où il obtient le Léopard d’Or du meilleur film et le Léopard de la meilleure actrice.

Pedro Costa a également réalisé deux films sur le travail de création : Où gît votre sourire enfoui ? sur le couple de réalisateur-rices Danièle Huillet et Jean-Marie Straub et Ne change rien sur Jeanne Balibar et Rodolphe Burger.

En 2018, il conçoit pour le musée Serralves à Porto un accrochage et une programmation intitulés Compagny qui juxtaposaient, entre autres, Portrait d’un noirde Géricault, des œuvres de Picasso, Max Beckman, des photographies de Walker Evans et ses propres vidéos ainsi que celles de Godard, Straub-Huillet ou Chantal Akerman. Les œuvres projetées comprenaient des films de Murnau, Lang, Tourneur, Hawks, Griffith, Ozu, Ford, Resnais…

FILMOGRAPHIE

  • 1989 : Le Sang (O Sangue)
  • 1995 : Casa de Lava
  • 1997 : Ossos
  • 2000 : Dans la chambre de Vanda (No Quarto da Vanda)
  • 2001 : Où gît votre sourire enfoui ? (documentaire de la série Cinéma de notre temps, sur le montage d’une deuxième version de Sicilia ! de Straub et Huillet)
  • 2006 : En avant, jeunesse ! (Juventude Em Marcha)
  • 2009 : Ne change rien
  • 2014 : Cavalo Dinheiro
  • 2019 : Vitalina Varela

Photo Pedro Costa©Jussi Leinonen.

 


Ângela Ferreira

Ângela Ferreira est née en 1958 à Maputo au Mozambique. Elle vit et travaille à Lisbonne, enseignant les beaux-arts à l’Université de Lisbonne, où elle a obtenu son doctorat en 2016. Le travail de Ferreira porte sur l’impact continu du colonialisme et du post-colonialisme sur la société contemporaine, une enquête menée à travers une recherche approfondie et la distillation des idées dans des formes concises et résonnantes.

Elle a représenté le Portugal à la 52e Biennale de Venise en 2007, poursuivant ses investigations sur les manières dont le modernisme européen s’est adapté ou non aux réalités du continent africain, en retraçant l’histoire de la Maison Tropicale de Jean Prouvé.

L’architecture sert également de point de départ à l’approfondissement de sa longue recherche sur l’effacement de la mémoire coloniale et le refus de réparation, qui trouve sa matérialisation la plus complexe dans A Tendency to Forget (2015) portant sur le travail ethnographique du couple Jorge et Margot. Dias. La fresque de l’unité panafricaine (2018), exposée au Maat Museum de Lisbonne et au Bildmuseet, Umea en Suède a été conçue, de manière rétrospective et introspective, pour « l’ici » et le « maintenant ». En plus de sa propre trajectoire, d’autres histoires biographiques sont à la fois racontées, exposées et cachées dans cet ouvrage.

Dans Dalaba: Sol d’Exil (2019), une œuvre centrée sur Miriam Makeba, l’une des figures les plus importantes de la lutte contre l’apartheid, Ferreira a créé des pièces sculpturales basées sur les éléments architecturaux du bâtiment d’exil où Makeba a vécu à Conakri, presque comme un prototype de la relation entre les architectures vernaculaires modernistes et africaines.

Ses hommages sculpturaux, sonores et vidéographiques n’ont cessé de faire référence à l’histoire économique, politique et culturelle du continent africain tout en récupérant le travail et l’image de figures inattendues comme Peter Blum, Carlos Cardoso, Ingrid Jonker, Jimi Hendrix, Jorge Ben Jor, Jorge dos Santos, Diego Rivera, Miriam Makeba, Angela Davis ou Forough Farrokhzad.

En France elle a été invitée en 2016 par Muriel Enjalran au CRP / Centre régional de la photographie, Hauts-de-France, et en 2021 par Corinne Diserens, Marie Menèstrier et Guillaume Breton au Centre d’art Ygrec à Aubervilliers et à l’Abbaye de Maubuisson, centre d’art contemporain du Val d’Oise. Elle a également participé à de nombreuses expositions collectives à travers le monde, jusqu’à l’exposition Tout ce que je veux au CCC OD à Tours en 2022.
En juin, s’ouvre son exposition personnelle au Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur : Radio Voz da Liberdade. rend hommage au rôle essentiel qu’ont joué les radios dans la diffusion des luttes d’indépendance dans le monde, comme la station de radio portugaise Radio Voz da Liberdade, hébergée par Radio Alger de 1962 à 1974 jusqu’à la chute du régime dictatorial de l’État Nouveau.

 

 


Rita Maïa

Née à Lisbonne, basée à Londres depuis de nombreuses années, la DJ et productrice Rita Maïa est curatrice sur Worldwide FM, la célèbre webradio de Gilles Peterson, légende vivante de l’acid jazz et propriétaire du label du même nom (Acid Jazz Records).

Là, elle anime une émission/soirée régulière, « Migrant Sounds », véritable boîte de Pandore rassemblant des sons du monde entier. Son credo? Partir en quête de nouvelles musiques et les partager avec son auditoire. Avec une appétence toute particulière pour les rythmes afro et les sonorités lusophones, Rita Maïa jette des ponts entre tous les styles.

À la tête de soirées club au Notting Hill Arts Club il y a une dizaine d’années, résidente avec son émission « Sines of the Times » sur Resonance FM pendant 7 ans, la productrice est toujours sur tous les fronts quand il s’agit d’explorer et d’innover. Faisant ainsi le lien entre les rythmes, les cultures et les continents pour s’élever comme fervente défenseuse des scènes émergentes.

« Son style de DJ s’articule autour de la création de liens entre les rythmes et les cultures, le passé et l’avenir, en montrant les nouvelles voies de la danse, les nouvelles scènes émergentes et toutes les mutations intermédiaires, avec une place toute spéciale pour le Royaume-Uni et les sons afro-lusophones qu’elle diffuse en dehors de ses frontières » (Festival Iminente, 2019)

 

 

 


Boris Charmartz

Boris Charmatz est né le 3 janvier 1973 à Chambéry

Danseur, chorégraphe, mais aussi créateur de projets expérimentaux comme l’école éphémère Bocal, le Musée de la danse ou [terrain], institution future sans murs ni toit, Boris Charmatz soumet la danse à des contraintes formelles qui redéfinissent le champ de ses possibilités. La scène lui sert de brouillon où jeter concepts et concentrés organiques, afin d’observer les réactions chimiques, les intensités et les tensions naissant de leur rencontre.

Après des études à l’école de danse de l’Opéra National de Paris et au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon, il crée et interprète avec Dimitri Chamblas À bras-le-corps (1993), pièce charnière encore présentée aujourd’hui et entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra National de Paris en 2017.
S’ensuivent une série de pièces qui ont fait date dont Aatt enen tionon (1996), herses (une lente introduction) (1997), Con forts fleuve (1999) ou encore régi (2006) en parallèle de ses activités d’interprète et d’improvisateur (notamment avec Médéric Collignon, Anne Teresa De Keersmaeker, Odile Duboc et Tino Sehgal).

De 2009 à 2018, Boris Charmatz dirige le Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne et y déploie le Musée de la danse, paradoxe tirant sa dynamique de ses propres contradictions, espace expérimental pour penser, pratiquer, mettre sens-dessus-dessous les rapports établis entre le public, l’art et ses territoires physiques et imaginaires. Le Musée de la danse articule le vivant et le réflexif – art et archive, création et transmission.
Artiste associé de l’édition 2011 du Festival d’Avignon, Boris Charmatz propose Une école d’art, et crée à la Cour d’honneur du Palais des papes enfant, pièce pour 26 enfants et 9 danseurs, recréée à la Volksbühne Berlin en 2018 avec un groupe d’enfants berlinois. Invité au MoMA (New York) en 2013, il y propose Musée de la danse : Three Collective Gestures, projet décliné en trois volets et visible durant trois semaines dans les espaces du musée. Après une première invitation en 2012, Boris Charmatz est à nouveau présent en 2015 à la Tate Modern (Londres) avec le projet If Tate Modern was Musée de la danse ? comprenant des versions inédites des projets chorégraphiques À bras-le-corpsLevée des conflitsmangerRoman Photoexpo zéro et 20 danseurs pour le XXe siècle. La même année, il ouvre la saison danse de l’Opéra National de Paris avec 20 danseurs pour le XXe siècle et invite 20 danseurs du Ballet à interpréter des solos du siècle dernier dans les espaces publics du Palais Garnier. En mai 2015, il propose à Rennes Fous de danse, une invitation à vivre la danse sous toutes ses formes de midi à minuit. Cette « assemblée chorégraphique » qui réunit professionnels et amateurs, connaît deux autres éditions à Rennes (en 2016 et 2018) et d’autres à Brest, Berlin et Paris (au Festival d’Automne en 2017). Boris Charmatz est artiste associé de la Volksbühne durant la saison 2017-2018 au cours de laquelle il présente danse de nuit (2016), 10000 gestes (2017), A Dancer’s Day (2017) et enfant (2018).

Fin 2018, Boris Charmatz quitte le Musée de la danse / Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne et crée pour l’occasion La Ruée au TNB, performance collective inspirée de l’ouvrage Histoire mondiale de la France dirigé par Patrick Boucheron.
En janvier 2019, il lance [terrain], structure implantée en Région Hauts-de-France et associée au phénix scène nationale de Valenciennes, à l’Opéra de Lille et à la Maison de la Culture d’Amiens. Boris Charmatz est également artiste accompagné par Charleroi danse (Belgique) de 2018 à 2022.
À l’été 2019, le Zürcher Theater Spektakel lui donne carte blanche pour investir le site du festival, au bord d’un lac : terrain | Boris Charmatz : Un essai à ciel ouvert. Ein Tanzgrund für Zürich lance ainsi le premier test du projet terrain, espace vert chorégraphique où les corps viennent composer une architecture humaine. Pendant trois semaines, tous les jours, par tous les temps, échauffements publics, workshops pour enfants, amateurs et professionnels, performances et symposium sont proposés.
En 2020, le festival d’Automne à Paris présente le Portrait Boris Charmatz, composé de pièces du répertoire et de nouvelles créations : La Ruée (2018), (sans titre) (2000) de Tino Sehgal, La Fabrique (2020), Aatt enen tionon (1996), 20 danseurs pour le XXe siècle et plus encore (2012), boléro 2 (1996) et étrangler le temps (2009), 10000 gestes (2017). Dans ce cadre également, il créée La Ronde pour l’événement de clôture du Grand Palais, performance collective de 12 heures qui fait l’objet d’un film et d’un documentaire diffusés sur France Télévision.
Il orchestre, en juin 2021, la performance Happening Tempête, pour l’ouverture du Grand Palais Éphémère. En juillet, il ouvre le Manchester International Festival avec Sea Change, une création chorégraphique avec 150 danseurs amateurs et professionnels. En novembre, il crée et interprète SOMNOLE, solo entièrement sifflé.
En septembre 2022, Boris Charmatz prendra la direction du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch pour y développer, avec [terrain], un nouveau projet entre la France et l’Allemagne.

Boris Charmatz est l’auteur des ouvrages : Entretenir/à propos d’une danse contemporaine (2003, Centre national de la danse/Les presses du réel) cosigné avec Isabelle Launay ; Je suis une école (2009, Éditions Les Prairies Ordinaires), qui relate l’aventure que fut Bocal ; EMAILS 2009-2010 (2013, ed. Les presses du réel en partenariat avec le Musée de la danse) cosigné avec Jérôme Bel. En 2017, dans la collection Modern Dance, le MoMA (Museum of Modem Art, New York) publie la monographie Boris Charmatz, sous la direction d’Ana Janevski avec la contribution de Gilles Amalvi, Bojana Cvejić, Tim Etchells, Adrian Heathfield, Catherine Wood…
Ses projets font l’objet de différentes réalisations cinématographiques, parmi lesquelles Les Disparates (2000), réalisation César Vayssié ; Horace-Bénédict (2001), réalisation Dimitri Chamblas et Aldo Lee ; Une lente introduction (2007) réalisation Boris Charmatz et Aldo Lee ; Levée (2014) réalisation Boris Charmatz et César Vayssié ; Daytime Movements (2016), réalisation Boris Charmatz et Aernout Mik ; TANZGRUND (2021), réalisation César Vayssié ; étrangler le temps (2021) réalisation Boris Charmatz et Aldo Lee.